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Le concept de «naturel» est ambigu. Il concerne non seulement l'ordre des idées, mais encore les idées grammaticales. L. Hervás, surtout dans la Escuela española de sordomudos, pose l'existence d'idées grammaticales naturelles, qu'il attribue aux sourds-muets. Par contre, celles des sujets parlants sont naturelles et artificielles (Hervás 1795a: 65-66). En ce sens les langues contiennent des idées artificielles dans la mesure où elles trompent en corrigeant et en brouillant la réalité. C'est pour cela que sont considérés comme «superflus», par exemple, le genre grammatical (Hervás 1795a: 70-73, 102; Hervás 1804b: 244-245), le verbe «substantif» et l'auxiliaire (Hervás 1795a: 109-110) ou la conjonction (Hervás 1705a: 116). Les catégories nécessaires et suffisantes du «mode de construction» naturel se rencontrent dans le système des sourds-muets: des noms, des verbes et des modificateurs des noms et des verbes (Hervás 1795a: 126). L'éloignement de ce système entraîne un certain degré d'imperfection. Mais L. Hervás semble aussi suggérer que la perfection du «mode de construction» se rapporte à la corrélation entre l'expression et le contenu. Dans ce cas-ci, est superflu l'élément qui «no añade calidad alguna» (Hervás 1804b: 245).
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Nous n'avons pas rencontré dans les ouvrages consultés une définition du concept de «perfection». Des remarques de L. Hervás on peut induire que la perfection d'une langue, et particulièrement de son «mode de construction», renferme l'idée de degré d'adéquation ou de conformité, et se rapporte à divers facteurs. Quelquefois la perfection repose sur l'idée d'analogie avec la structure originale des «langues matrices». Ainsi, en comparant des langues différentes, L. Hervás considère comme principe général que le «mode de construction» d'une «langue matrice» est plus parfait que celui d'un «dialecte» (Hervás 1800: 268). Mais les sens les plus généralisés sont ceux qui sont rapportés au système grammatical naturel (cf. supra, n. 11). En ce qui concerne le vocabulaire, la perfection s'appuie sur l'abondance de mots (Hervás 1789b: 177-179).
13
L. Hervás, qui ne tient pas à élaborer une classification typologique des langues, note que la «formation de mots» réalisée par changements de ton (langues isolantes) est plus ancienne que celle qui est faite par dérivation et composition (Hervás 1801: 82-83). Dans ce même sens, il remarque l'évolution de l'expression du genre grammatical (un mot significatif devient élément flexionnel) (Hervás 1795a: 73-80).
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Quand L.
Hervás pose des affinités linguistiques à
partir de la prononciation, il semble mettre en relief le point
d'articulation (Hervás 1800: 124). À cet
égard, il est intéressant de citer la Escuela española de
sordomudos: «Las
naciones descendientes de un mismo linage ó tribu, hablan
lenguas semejantes que son dialectos del antiguo idioma de la tribu
y se diferencian poco en la pronunciacion. Esta diferencia suele
consistir solamente en la diversa accion de unos mismos organos
vocales»
(Hervás
1795a: 138).
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Je veux remercier Arrate Domínguez pour avoir contribué à améliorer la versión française de ce texte.